Iris (Irissen) est l’un des premiers tableaux que Vincent van Gogh peignit après son entrée à l’asile de Saint-Paul-de-Mausole, à Saint-Rémy-de-Provence, en mai 1889 : un massif d’iris bleus du jardin de l’établissement, vu de près. C’est une huile sur toile de 74,3 × 94,3 cm conservée au J. Paul Getty Museum de Los Angeles. Le musée l’acheta en 1990, trois ans après sa vente pour 53,9 millions de dollars, alors le prix le plus élevé jamais payé pour un tableau. Il ne faut pas le confondre avec Iris dans un vase, la nature morte peinte un an plus tard.
Signification d’Iris : que représente le tableau ?
Un coin du jardin de l’asile : des iris d’un bleu violacé aux feuilles vertes en forme d’épée, sur une terre rougeâtre, avec des fleurs orange à l’arrière-plan et, à gauche, un seul iris blanc. Ni ciel ni horizon ; le point de vue est bas, presque au ras du sol, comme dans les estampes japonaises que Van Gogh collectionnait, et les fleurs sont coupées par les bords du tableau. C’est un tableau d’observation : chaque fleur et chaque feuille a son contour et sa direction, sans l’agitation des ciels de la même année.
Le Getty le décrit comme une étude faite d’après nature dans le jardin de l’asile, dans les semaines qui suivirent son entrée, quand Van Gogh n’avait pas encore le droit de sortir de l’enceinte. Vincent l’appelait « étude », comme presque tout ce qu’il peignait, et il écrivit à Theo à cette époque que le travail le préserverait en partie de l’apathie qu’il observait chez les autres pensionnaires (lettre 776).
Contexte : l’entrée à Saint-Rémy
Van Gogh entra de son plein gré à Saint-Paul-de-Mausole au début de mai 1889, après les crises d’Arles. Dès la première semaine, il peignait dans le jardin : il écrivit à Theo et à Jo (lettre 772, 9 mai 1889) qu’il avait en chantier des iris violets et un buisson de lilas, deux sujets pris dans le jardin ; deux semaines plus tard (lettre 776, vers le 23 mai), il racontait qu’il n’était pas encore sorti de l’enceinte et que le travail le protégeait. Les iris furent l’un de ses premiers tableaux de l’asile et l’un des rares exposés de son vivant : en septembre 1889, au Salon des Indépendants à Paris, aux côtés de La Nuit étoilée sur le Rhône. Toute la période est présentée dans Saint-Rémy (1889–1890) (en espagnol).
Analyse : contour, couleur et composition
L’influence japonaise
Chaque iris est dessiné d’un trait de contour sombre et rempli d’un bleu presque uni, comme dans une estampe ; les feuilles se croisent en diagonales qui organisent tout le tableau. C’est la leçon d’Hokusai et d’Hiroshige appliquée à un jardin français : cadrage coupé, absence de profondeur, formes découpées. Le Getty souligne précisément cette parenté avec la gravure sur bois japonaise.
La couleur
Bleu violet contre vert, avec l’orange des soucis et le rouge de la terre comme complémentaires. L’iris blanc de gauche est l’accent qui rompt la série, un procédé fréquent chez Van Gogh : une note différente parmi beaucoup d’autres semblables. Des études de conservation ont montré que le rouge qu’il avait mêlé au bleu des iris a pâli, et que les fleurs étaient à l’origine plus violettes qu’elles n’apparaissent aujourd’hui.
La touche
À l’opposé de la touche en tourbillons de La Nuit étoilée, peinte un mois plus tard, les traits suivent ici la forme de chaque feuille et de chaque pétale. Le tableau a une précision de dessinateur : c’est la peinture la plus sereine de ses premières semaines à l’asile.
Le saviez-vous ?
- Le tableau le plus cher du monde (pendant un temps). Le 11 novembre 1987, Iris fut vendu chez Sotheby’s, à New York, pour 53,9 millions de dollars à l’homme d’affaires australien Alan Bond, qui ne put le payer entièrement ; en 1990, le Getty Museum l’acquit. La même année, le Portrait du docteur Gachet battit ce record.
- Du père Tanguy à Los Angeles. En 1892, le marchand Julien Tanguy vendit le tableau pour 300 francs au critique Octave Mirbeau, l’un des premiers défenseurs de Van Gogh et son premier propriétaire connu.
- Deux iris différents. Un an plus tard, en mai 1890, Van Gogh peignit dans le même asile deux natures mortes d’iris coupés dans un vase, l’une sur fond rose et l’autre sur fond jaune (Iris dans un vase).
Où voir Iris
Au Getty Center de Los Angeles (consultez sur getty.edu la salle et les conditions de visite). Sur la carte des musées qui possèdent des œuvres de Van Gogh (en espagnol), vous trouverez les autres collections. Le tableau figure parmi nos fonds d’écran.
Fiche technique
| Titre | Iris (Irissen / Irises) |
|---|---|
| Artiste | Vincent van Gogh |
| Date et lieu | Saint-Rémy-de-Provence, mai 1889 |
| Technique | Huile sur toile |
| Dimensions | 74,3 × 94,3 cm |
| Catalogues | F 608 · JH 1691 |
| Lieu | J. Paul Getty Museum, Los Angeles (n° 90.PA.20) |
| Période | Saint-Rémy (1889–1890) |
Œuvres liées
- Iris dans un vase (1890) : les iris coupés, un an plus tard.
- La Nuit étoilée (1889) : peinte un mois plus tard dans le même asile.
- Amandier en fleurs (1890) : l’autre grand tableau de fleurs de Saint-Rémy.
- La Nuit étoilée sur le Rhône (1888) : son compagnon au Salon des Indépendants de 1889.
- Les Tournesols (1888) : les fleurs d’Arles.
Sources : fiche de l’œuvre au Getty Museum (90.PA.20) ; lettres 772 (à Theo et Jo, 9 mai 1889) et 776 (à Theo, vers le 23 mai 1889), édition du musée Van Gogh et du Huygens Institute, vangoghletters.org ; Wikipédia, « Irises (painting) ».
